2017-08-29

Des femmes extraordinaires

Photo Archives de la Providence La «Maison Bonsecours»
qui est le premier bâtiment de la communauté des Sœurs de la Providence
Institution  des Sourdes-Muettes

Des femmes extraordinaires

Les femmes sont très présentes dans l’histoire du Plateau-Mont-Royal et elles ont été souvent sa «Providence».

Pour vous faire partager ce fait, nous vous entraînons sur la rue Saint-Denis, au milieu du XIXème siècle, à l’Institution des Sourdes-Muettes.

Pouvez-vous imaginer le désarroi de jeunes enfants qui naissent affligés de surdité. Cette situation, qui les empêche d’entendre parler leurs parents, a la plupart du temps comme conséquence de les priver également du langage. Privés de support et d’encadrement, ces enfants en sont quittes
souvent pour une vie misérable.

C’est en 1851 que sera fondée cette mission à la Longue-Pointe (dans l’est de la ville). Albine Gadbois, qui s’appelle dans sa communauté religieuse, sœur Marie de Bonsecours, prends charge de cette œuvre et en 1864 installe l’Institution rue Saint-Denis près de la rue Roy.

Cette rare photo (à gauche) nous montre la «Maison Bonsecours» qui est le premier bâtiment de cette œuvre magistrale de la communauté des Sœurs de la Providence. Nous sommes ici en 1872, car l’aile voisine, (aile Cherrier) à la droite de la maison originale, est en voie de construction. Lors de son installation en 1864, l’établissement est en pleine campagne; mais cela ne tarde pas à changer, car la ville s’urbanise rapidement.

Les premiers bâtiments avec leurs murs en moellons et leurs toits à versants sont construits dans le style traditionnel des édifices conventuels de l’époque. Installés sur un sol instable ils doivent être démolis en 1898 et remplacés par les édifices que nous connaissons aujourd’hui qui empruntent
au style «Second Empire» montréalais le couronnement avec une fausse mansarde et des façades en pierre taillée.

Les religieuses font preuve d’imagination, de créativité et d’un don de soi incomparable afin de réussir à enseigner à ces jeunes filles comment communiquer.

Lorsqu’elles quittent les lieux en 1979, c’est 128 années de dévouement qui sont conclues.

Par Gabriel Deschambault, Société d'histoire du Plateau-Mont-Royal  dans le Journal Métro, 2 février 2017

2017-08-21

LE CHEMIN DE PIERRE

Pierre a grandi dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, dans une famille de cinq enfants, il parle avec un grand sourire de ces années dans le quartier.
Pourtant, la vingtaine marque une période difficile pour lui qui doit être hospitalisé pour des problèmes de santé mentale.
Suite à cette période, Pierre décide de retourner aux études, à l'UQAM, où il étudie la littérature française, un grand intérêt pour lui depuis toujours.
Au début de la quarantaine, il arrive à l'Itinéraire, à l'accueil d'abord, puis comme camelot. Pendant 15 ans, il a son point de vente sur le Plateau Mont-Royal: « Une bonne façon de rencontrer du monde.» Il parle des liens précieux qu'il a développés avec ses clients, il a même eu de l'aide pour meubler son appartement.
Il veut maintenant voyager, voir le monde : le Québec, NewYork et traverser l'océan pour découvrir l'Europe, Paris. Il aimerait voir de ses propres yeux les quartiers de la Ville Lumière décrits dans les romans de Balzac.
BON VOYAGE PIERRE!
Article de Justine C.(lu dans l'Itinéraire, publié avec autorisation)

2017-07-28

PREMIER CHIEN AU QUÉBEC


Kanak  est le1er chien en son genre au Québec, un chien policier de soutien émotionnel qui réconforte les victimes durant leurs entrevues au Service de police, plus spécifiquement les jeunes abusés de différentes façons. La présence de Kanak les réconforte car c’est rassurant, ça apaise et libère la parole.

La détective Mélanie Bédard s’est lancée dans l’aventure, convaincue des bienfaits qu’un animal de soutien aurait pour ces jeunes.

En 9 mois, Kanak est venu en aide à 67 personnes, en majorité des enfants, mais il est aussi intervenu auprès d’une femme qui avait été séquestrée et violentée par son conjoint. La victime a flatté le labrador tout le long de l’entrevue, elle s’est couchée la tête sur la sienne à quelques reprises et a pu terminer sa déclaration.

Au Canada, on compte près d’une vingtaine de chiens de soutien, alors que la pratique date de 1989 aux États-Unis où leur nombre se chiffre à 137.

Source : L’Itinéraire, juin 2017. Publié avec autorisation

2017-07-04

COEUR OUVERT et MAIN TENDUE...

Née à Montréal, le 19 février 1800
Sur un terrain qui a nom
" TERRE PROVIDENCE "
Émilie Tavernier apprend de sa mère
A se faire Providence
Et à ouvrir son cœur à la souffrance.

Un mendiant se présente
Et tend la main
A la demeure des Tavernier.
Émilie n'a que quatre ans
Mais elle court pour
Emplir le sac du malheureux!
Sa mère lui a enseigné que
" Donner aux pauvres, c'est donner à Dieu ".
A dix-huit ans, chez son frère devenu veuf,
 A vingt ans, chez une cousine de Québec,
La jeune Émilie sera disponible :
Cœur ouvert et main tendue
Attentive à ceux qui ont besoin d'elle.

Lorsque les deuils successifs
Auront buriné la jeune veuve,
La Vierge des Douleurs,
Devenue son modèle, son inspiration,
Entrera dans sa vie.
Émilie ouvrira son cœur
À toute misère humaine,
Et sa maison, à qui sera dans le besoin.
Elle tendra la main au vieillard sans toit,
Au mendiant affamé,
À l'enfant orphelin,
Au prisonnier isolé,
A l'immigré désemparé,
A l'infirme, et au malade.

On l'appellera : " une vraie Providence "
Ses refuges deviendront : " Maisons de Providence "
Et sa Communauté : Les Sœurs de la Providence.

Le Monument de Mère Gamelin
Inauguré le 25 mai 2000
 Rappelle les gestes de compassion
De celle qui a " passé en faisant le bien "

Sa main tendue accueille, aujourd'hui
Tous les usagers du métro
Qui empruntent la sortie " rue Ste-Catherine"
On lui donne la main,
On la salue en passant,
On lui confie des intentions,
On y dépose des fleurs...

Son cœur s'ouvre
A qui se recommande à elle,
Aux besoins qui lui sont confiés.
Émilie, veille sur ta Ville
Qui a voulu te redonner ta place,
Là où tu es " passée en faisant le bien! "


Sœur Yvette Demers

2017-06-30

RAPPEL

En 1846, Mère Gamelin fondatrice et supérieure des Sœurs de la Providence, est convaincue qu’il faut adopter officiellement l’œuvre d’éducation spécialisée aux enfants sourds.  Elle confie à Sœur Marie de Bonsecours, de jeter les bases de ce qui deviendra l’Institution des Sourdes-Muettes, l’ISM.

Avec le temps, l’ISM a accueilli plusieurs pensionnaires et élèves.  Elle offrait, entre autres,  la méthode orale, la méthode globale active, le système Braille pour les non voyantes, une classe maternelle pour filles, puis un programme d’étude spécial,  l’École ménagère et l’Institut familial spécial menant à des certificats pour les jeunes femmes. Cela offrait la possibilité d’un avenir professionnel épanouissant. 

Le bâtiment, devenu trop grand, est vendu en 1979, à la Corporation d’hébergement du Québec. Jusqu’à 2015, il abrite l’agence de la Santé et des Services sociaux de Montréal.

Une plaque commémorative, devant l’édifice principal de l’ancienne ISM de Montréal, au 3725 de la rue St-Denis, fait partie d’une série de 24 plaques installées par la Société d’histoire du Plateau Mont Royal, sur le territoire de l’arrondissement.

(Lu au bulletin de la Société d’Histoire du Plateau Mont Royal, été 2017)

2017-06-16

FACE À LA RUE


Un jour, à un feu rouge, quelqu’un s’approche et me dit : ‘’Salut!’’. Je n’avais pas d’autre choix que de lui parler parce que j’étais en voiture, toit et fenêtres baissés. Je ne pouvais pas faire semblant de ne pas le voir. Je lui ai dit bonjour à mon tour.  C’est juste après cet instant que j’ai ressenti un grand bien être. Cet homme ne m’avait rien demandé, il était de bonne humeur, lumineux, affichait un superbe sourire.  Je l’ai revu à plusieurs reprises, j’ai engagé la conversation avec lui et on a vraiment connecté.  Je me suis aperçu qu’il avait juste besoin de contact. Oui, il avait aussi besoin d’argent, mais un simple sourire et une attitude d’ouverture l’ont beaucoup plus enrichi qu’une simple pièce d’argent.  C’est à partir de là que je me suis mis à consigner mes peurs et mes réflexions dans un cahier de notes.
Plus tard, mes notes ont servi pour un documentaire, Face à la rue, qui avait pour thème l’itinérance, une succession de réflexions et de conversations, la réalité des gens dans la rue : la pauvreté, la dépendance, les familles, la violence, la réalité des femmes, la santé physique et mentale, le mal de vivre, la vieillesse, les gens qui pensent que la rue est un choix.

A la fin de chaque rencontre, je me suis senti profondément ému, avec un désir d’aider, de tendre la main. C’était un cadeau. Je me sentais synchronisé avec leurs émotions. Des fois je me retournais et je voyais le caméraman pleurer, souvent on avait le motton dans la gorge parce qu’on venait de vivre quelque chose de très fort. J’avais besoin de vider mes émotions.

Mon regard a changé. J’accepte mieux mes malaises. C’est une bonne base que de prendre conscience de ce que je ressens. J’espère que le documentaire permettra aux gens de se mettre à la place des autres. Je souhaite qu’il incite les gens à se demander comment ils réagiraient s’ils se retrouvaient à la rue. C’est à nous d’aller vers ceux qui ne savent pas à qui s’adresser ou qui ne peuvent se déplacer. Je pense également que tout être humain a besoin d’être valorisé. On a beau faire du sport, du bénévolat, plein de choses qui nous valorisent, je pense essentiel d’avoir un travail dans lequel tu te sens utile,  pour lequel ta valeur sert à la communauté.

Jean-Marie Lapointe (extraits)
(Lu au journal L’Itinéraire)
Publié avec autorisation


2017-05-30

UN REPRÉSENTANT DES CAMELOTS


Les premières réunions de camelots ont eu lieu  en 1996, elles étaient très animées. Peu à peu le nombre de camelots a augmenté et depuis 2002, un représentant des camelots a été élu, il a comme prénom Gabriel. Il a comme mandat d’être le lien entre les camelots et les différentes instances de l’organisme. Les camelots gagnent ainsi en légitimité, ils sont mieux entendus par la direction et peuvent mieux faire valoir leurs requêtes. L’esprit d’équipe en a été renforcé, de même que le sentiment d’appartenance au groupe.

Voici le témoignage du représentant Gabriel :  « Avec les années, l’Itinéraire s’est développé et le nombre de camelots n’a cessé d’augmenter. Le rôle de représentant des camelots a logiquement pris de l’importance. Sa charge de travail a augmenté et sa fonction demande de plus en plus d’écoute et de patience. Je suis camelot depuis les débuts de l’Itinéraire. J’ai déjà été représentant à plusieurs reprises et j’ai été réélu il y a six mois pour un autre mandat.  De nombreux défis nous attendent pour le bien des participants et de l’organisme. »

(Lu dans l’Itinéraire et publié avec autorisation)

2017-05-17

S’OUVRIR AUX AUTRES

Si je n’avais pas connu l’Itinéraire, je ne crois pas que je serais là aujourd’hui.  Les gens qui s’y trouvent sont très ouverts par leur générosité et leur amour. Ils ont cru en moi, m’ont offert des opportunités de travail et m’ont permis de me prouver que je pouvais faire quelque chose  de ma vie. Ils m’ont donné la chance de m’exprimer et partager mes idées. Ils m’ont appris à aimer ce que je fais.

Je crois qu’on devrait donner cette chance à tout le monde. Ça leur donne un but dans la vie, et la force de continuer. On m’a donné cette chance et je l’apprécie encore énormément .
Je remercie Dieu d’avoir mis l’Itinéraire sur ma route. Je suis ouverte à toutes les possibilités que la vie m’offre et j’accepte les gens tels qu’ils sont. L’important est de continuer d’avancer. Je suis prête à relever le défi et à m’ouvrir aux autres.  Il suffit de tendre la main.  Ouvrir la porte plutôt que la fermer.

Cécile C., camelot
( Lu dans l’Itinéraire, publié avec autorisation)

2017-04-20

CLAUDE, ITINÉRANT DEVENU PRÊTRE

Au centre-ville, avec les sans-abri, les prostituées, les toxicomanes. Il les écoute, essaie de leur apporter un peu de réconfort. Il arpente le quartier, il en rencontre, il leur donne un coup de pouce en leur achetant des médicaments ou des vêtements ou en leur payant un repas. « Je n’essaie pas de les sortir de la rue, je les réconforte.»
A l’hôpital où il travaille, il s’occupe des personnes seules et désespérées, il accompagne les mourants qui n’ont pas de famille. Jeune, il avait voulu être missionnaire mais lorsque son grand-père est mort, il avait 13 ans, il a calé sa première bière pour endormir sa peine. Puis ce fut une longue descente aux enfers, qui a pris fin à l’âge de 40 ans.

Un jour, il a eu peur, il s’est dit qu’il ne voulait pas mourir dans la rue. Il est retourné aux études, il a été ordonné prêtre, pas pour être en paroisse, mais pour travailler avec les pauvres. Claude a des projets plein la tête. Il veut créer une fondation pour aider les démunis. «J’aimerais avoir une petite ferme, juste un petit coin de verdure pour que les toxicomanes, les prostituées puissent se reposer un week-end.»

Claude a réalisé son rêve d’être missionnaire, mais pas en Afrique, ici, chez nous.
(La Presse, avril 2008)
……………………………………
Probablement le même Claude, en 2017, est appelé Curé de la rue, dealer d’espoir. Il est encore sur la rue, avec les pauvres, les prostitués. Il a été un des leurs, il en est sorti en devenant prêtre et maintenant il retourne à la rue, pour être de nouveau avec eux, pour être plus efficace, lorsqu’il se met à leur niveau. ‘’J’ai été et je resterai un peu comme eux.  Toute ma  vie, je serai dépendant, même si je ne consomme plus. Aujourd’hui, je peux confesser les gens qui le demandent car même s’ils sont dans la rue, ils peuvent se libérer’’.
Abbé Claude Paradis, (L’Itinéraire, mars 2017, publié avec autorisation)



2017-04-06

SEMAINE INTERNATIONALE DES CAMELOTS

A tout moment de la journée, il y a plus de 10 000 camelots qui vendent leur journal de rue dans le monde.  Qu’ils soient à Montréal, Vancouver, Manchester, Dallas ou Copenhague, ce sont au total 27 000 camelots qui ont pu gagner dignement un revenu en vendant près de 23 millions de journaux de rue à l’échelle mondiale, atteignant ainsi près de 6 millions de lecteurs.
Mais au-delà des chiffres il y a des personnes qui ont vécu une expérience marquante et transformante en devenant camelot pour un journal de rue. Tous les jours nous sommes témoins de ces changements de vie. Combien de fois a-t-on entendu que « l’Itinéraire a sauvé ma vie» ou encore «je ne sais pas où je serais si vous n’aviez pas été là».
Ces vendeurs de journaux de rue sont le visage de la résilience et de la volonté de s’en sortir.
Pour eux, cette semaine qui leur est dédiée est une occasion de faire reconnaitre leur travail et leurs grandes et petites victoires quotidiennes.
Josée Panet Raymond
(Lu dans l’Itinéraire de février 2017)
Th.Dr. Publié avec autorisation


2017-03-21

MAXINE SE RACONTE

Elle raconte ses anecdotes d’enfance et les épreuves de sa vie, qu’elle ponctue de petits rires et de grands sourires.

Elle passe 2 ans en Espagne et revient en situation de détresse. ‘’J’ai alors rencontré des personnes qui me voulaient du mal, ça m’a traumatisée, j’ai sauté une coche’’.  Elle reçoit un diagnostic de schizophrénie, puis elle est hospitalisée.

Maxine découvre l’Itinéraire, y travaille de temps en temps.  Avec son baccalauréat, deux certificats et une formation comme enseignante, elle essaie de revenir sur le marché du travail. ‘’Je me suis rendue compte que j’étais nulle, côté discipline avec les enfants, j’ai dû quitter parce que j’étais incapable de faire le travail.’’

Elle retourne faire ce qu’elle sait faire de mieux, vendre. ‘’J’ai été vendeuse toute ma vie, c’est quelque chose que j’aime, ce n’est pas compliqué, ce n’est pas stressant.  C’est important pour moi de faire une job qui ne me stresse pas, parce que le stress et le traumatisme m’ont amenée à la maladie.

Maxine revient alors à l’Itinéraire, elle vend le magazine sans stress. Aujourd’hui, elle affirme qu’elle est réjouie par cette situation. Elle rit avec les clients, la dignité est retrouvée et les proches avec qui elle a renoué.

Son prochain projet?  Suivre un cours de langue arabe, langue dont elle apprécie la mélodie et la sonorité.

Lu dans l’Itinéraire (publié avec autorisation)
Publié par Th. Dr.



2017-02-24

L'Amour

Personnellement, Dieu remplit mon vide intérieur et la nourriture  remplit mon estomac.

J’aime la diversité et je suis compatissante envers les pauvres. C’est important pour moi, l’ouverture d’esprit.

L’amour entre deux humains n’a pas de sexe. J’aime bien ma vie malgré mes hauts et mes bas.

J’aime beaucoup l’organisme L’Itinéraire qui m’aide en me donnant un emploi, de la nourriture et qui m’aidera à éventuellement trouver un logement abordable.

Mon but cette année, c’est de renouer avec ma famille.

Je n’appartiens à aucune institution religieuse, j’ai bâti mon propre autel dans ma chambre avec mes items spirituels et j’y ai inscrit mes valeurs donc j’ai ma propre spiritualité qui englobe toutes mes croyances personnelles.

Je prends ce qui est bon et je délaisse ce qui ne me convient pas.

S’il y a quelque chose que vous n’aimez pas dans votre vie, changez la situation.

Et n’oubliez pas d’aimer votre prochain comme vous aimeriez être aimé.

La vie c’est aussi facile que ça.

Bonne journée  à tous et merci à mes clients que j’aime.

Maxine

(Lu dans l’Itinéraire) Publié avec autorisation)
Thérèse Dr.

Aimons notre planète.
Aimons notre famille.
Aimons nos amis.
Aimons nos animaux.
Aimons la nature.
Aimons notre job.
Aimons notre domicile.
Aimons la vie.
Et aimons Dieu.

2017-02-03

TROUVE-TOI DONC UNE JOB

Un camelot est à la porte d’un métro, quelques personnes s’arrêtent pour lui parler ou acheter son journal de rue, d’autres lui sourient avec un ‘’Bonjour poli’’, certains baissent les yeux. Et puis, quelqu’un lui lance «Trouve-toi donc une job.» Plusieurs étiquettes sont apposées sur les camelots : itinérants, pauvres, BS, paresseux, fraudeurs. Et la liste est longue!

Sans doute, ce n’est pas comme travailler dans un bureau, de 9 à 5, ou pour une agence de publicité ou être cuisinier ou serveur dans un restaurant.

Il suffit pourtant de s’arrêter quelques instants et parler aux camelots pour réaliser que les étiquettes sont fausses. Certains travaillent d’arrache-pied, 7 jours sur 7, pour à peine survivre. Plusieurs ont des diplômes, mais ne peuvent se trouver un emploi. D’autres avaient un emploi stable et une famille, mais un burnout les a éloignés du marché du travail. Certains gèrent beaucoup mieux leur budget que moi et possèdent une résilience incroyable à travers les épreuves.  Voilà les étiquettes qu’on devrait leur coller!

Charles-Éric, (L’Itinéraire) publié avec autorisation


2017-01-23

ZOOM SUR RICHARD

Dépendant à l’alcool et à la drogue pendant 20 ans, Richard décide un jour de tout arrêter,  il est très critique envers lui-même et se nomme comme seul responsable de ce qui s'est passé.   «Aujourd’hui je suis fier de moi.» Rendu à 55 ans, il est libéré de toutes ses dépendances et profite des simples choses de la vie. Il voit ses trois enfants, 28, 26 et 22 ans.  Aujourd’hui s’ils ont  besoin de lui, il est là pour eux.  Il les invite à être heureux sans oublier que c’est important de s’entraider.

Maintenant Richard a perdu du poids et on le sent bien dans sa tête et dans son corps.  Quand il fait le bilan aujourd’hui, ça se compte par décennies : 19 ans au même point de vente de l’Itinéraire, 23 ans de sobriété, 11 ans sans tabac.  Un parcours semé d’embûches mais qui, grâce à son courage, sa volonté et sa persévérance, l’amène à une vie saine et équilibrée dans laquelle il se projette.

Extraits de la Revue l’Itinéraire
Rédaction : L. Thélème



2016-12-12

Prendre mon envol


À l’automne de ma vie, comme les outardes, je prenais un nouvel envol. Avec confiance, j’ai prié Mère Gamelin d’être chef de ce nouveau chantier dans ma vie, tout en lui dessinant les balises et les avenues incontournables.

« Elle n’a rien compris, » pensais-je. Aujourd’hui, je sais que « JE » n’avais rien compris. Sur ma route, je ne voyais que les cônes oranges, les détours, les sens uniques, alors que les lumières éclairaient de nouveaux chemins de vie pour moi. De nouvelles voies s’ouvraient à moi et, dans la noirceur qui m’habitait,  je n’étais pas à l’écoute. J’avais ignoré la main tendue, les mains ouvertes, l’accueil chaleureux sur le seuil d’une porte.

Comme un jardin, le bonheur se cultive à la saveur des saisons de la vie et à la couleur que l’on veut bien lui donner. Comme on fait son jardin, on a le choix de cueillir les fruits à l’heure des moissons. Pour moi, ainsi va la vie. Aussi loin que je me rappelle, j’ai choisi de semer des graines de bonheur et d’en partager la récolte.

C’est sur l’invitation d’un ami à être hôtesse dans un salon funéraire que j’ai traversé la première porte avec une certaine fragilité. (Je crois même que c’était la journée de Mère Gamelin) Un salon funéraire? Impensable pour moi qui avais perdu plusieurs êtres chers de façon tragique, les blessures n’étaient pas cicatrisées.

Savons-nous à quel moment la vie nous ouvre de nouvelles portes? À quel moment nous devenons les instruments de la Providence? À quel moment nous réalisons que la Providence nous accompagne au quotidien sur la route de la vie depuis toujours? J’ai, depuis, les mains ouvertes et une main tendue. J’ai renouvelé mon contrat d’amour avec là-haut.

Je ne suis pas dans le passé, je suis dans l’aujourd’hui et dans l’avenir. Après plusieurs conversations avec le couple d’amis, après avoir  partagé leurs expériences et leur cheminement, encouragée, j’ai  accepté. Quel défi! Quelle découverte! Quel enrichissement personnel !

J’ai mis un certain temps avant d’éprouver une aisance confortable. J’apprivoise toujours, au-delà des salons funéraires, mes peurs, mes souvenirs qui remontent en présence des personnes décédées. Il y a un quelque chose d’éphémère dans un salon funéraire.
Et comme dans la chanson de Jean Gabin :

Le jour où quelqu’un vous aime, il fait très beau…
…Moi qui suis à l’automne de ma vie
... On oublie tant de soirs de tristesse…Mais jamais un matin de tendresse !
…Maintenant, je sais….Je sais qu’on ne sait jamais!
…On ne sait jamais le bruit, ni la couleur des choses.
C’est tout ce que je sais…mais ça, je le sais.
 Merci de m’avoir ouvert la porte de votre confiance et le jardin de votre cœur.
Je vous aime et, comme on fait son jardin, pensez à semer des graines d’amour!

Pierrette Chagnon A.P.


2016-11-18

MON RÊVE: ÉCRIVAIN

Pour moi, la carrière idéale, c’est celle d’écrivain. Pourquoi un écrivain ? Parce qu’un écrivain il a son autorité, il n’y a pas quelqu’un qui peut lui montrer ce qu’il doit faire. Quand quelqu’un écrit un roman, il n’y a personne qui lui dit ce qu’il doit écrire, parce que c’est lui son propre maître. L’autre chose, c’est que lorsqu’on est écrivain on s’instruit tout le temps, on s’informe. On peut aussi choisir un horaire selon ce qui nous convient et on participe à la vie culturelle de la société. J’aurais aimé écrire des romans romantiques, mais à portée sociale.  Pour moi, ça serait l’idéal.  Comme ce n’est pas un métier qui est donné à tout le monde, dans la pratique, mon métier de rêve c’est d’être journaliste pigiste.  Ça me permettrait de continuer à m’instruire et de jouer un rôle  important dans la société.

Mosapha, L’Itinéraire (Publié avec autorisation)

2016-10-21

CHOISIR DE S'EN SORTIR

Brigitte, 55 ans, a accepté de livrer son témoignage, pour sentir qu'elle avance malgré tout.

« J'ai été itinérante durant environ 20 ans à cause de la toxicomanie, suite à plusieurs événements.
Issue d'une famille dysfonctionnelle à cause de l'alcoolisme de mon père et d'une mère insécure, situation suivie d'un divorce. J'ai été laissée à moi-même quand j'étais encore jeune. J'ai touché à ma 1re bière alors que j'avais 10 ou 11 ans.  Je fumais aussi. »

Brigitte est passée de Tanguay à Leclerc, elle a connu plusieurs récidives, une pneumonie après avoir été enfermée dans une cellule froide et n'ayant pas droit aux soins médicaux.

Ruth G. directrice de la Société Elisabeth Fry reconnait qu'il y a une croissance de la clientèle féminine à cause de la pauvreté des femmes et des inégalités sociales.

Brigitte est finalement sortie de la prison Leclerc pour entamer sa transition à la Société Elizabeth Fry.  Elle ne nie pas l'importance de la foi qui lui a permis de supporter ses années d'incarcération, notamment grâce à l'écoute de Soeur Marguerite qui visite beaucoup les filles en détention depuis de nombreuses années.

D'année en année, Brigitte dit avoir pris du recul sur sa période de détention.  C'est vrai que mes proches ont vécu avec moi ces années de détention.  Il y a eu une perte de confiance suite à mes rechutes.  Mais rendue où j'en suis, je le sais que je n'y retournerai plus.  J'ai été jusqu'au bout. »

Extraits de la Revue l'Itinéraire, octobre 2016.
(Publié avec autorisation) Thérèse Dr.

2016-09-26

ZOOM SUR LUCIEN

Camelot depuis quatre ans, Lucien est heureux dans ce travail : la vente de l’Itinéraire. Pour lui, l’Itinéraire est un passe-temps qui remplit une fonction sociale importante.

Ayant travaillé toute sa vie, Lucien a toujours été occupé.  En tombant à la retraite, sans être itinérant, il est devenu camelot pour l’Itinéraire qui est, pour lui, un moyen de redonner au suivant, car il aime beaucoup la cause du journal l’Itinéraire.
Lucien n’est pas prêt à regarder le temps passer.

Si vous le croisez, ne manquez pas l’opportunité d’avoir une discussion enrichissante avec un homme plein de sagesse et de bonté.

Jennifer, bénévole à la rédaction.
(Publié avec autorisation)

2016-08-09

Forum social mondial 2016

On ne peut se désintéresser de cet événement qui se tient à Montréal, du 9 au 14 août. 50 000 personnes sont attendues de 120 pays,

C'est la première fois que le FSM s'installe dans un pays du Nord. L'objectif est de donner la parole aux sans voix, aux mouvements sociaux afin de contribuer au changement global, en solidarité avec les peuples de partout sur la planète. Changer le monde commence par se changer soi-même, puis son quartier, sa communauté, sa ville.

Rendez-vous au coeur de Montréal  pour contribuer à cette construction collective d'un monde meilleur. Nous sommes le changement, osons inventer l'avenir.

Un autre monde est nécessaire.  Ensemble il devient possible.

Programmation: www.FSM2016.org (Voir les activités)

Marche d'ouverture, au Parc Lafontaine, aujourd'hui à 17h30
Au Marché Bonsecours, demain : Jeunes et inégalités

L'Itinéraire, 1er août 2016


2016-07-31

35 héroïnes méconnues du Québec

1- Marie Rollet (1580-1649)
À Québec, la première fermière de la colonie, veuve de l'apothicaire Louis Hébert, pratique « l'interculturalisme » de Gérard Bouchard avant l'heure : elle instruit les « Sauvagesses » et les forme... à l'européenne.

2- Jeanne Mance (1606-1673)
Première femme blanche à fouler le sol de Ville-Marie, Jeanne s'associe à Maisonneuve pour fonder Montréal. Elle gère les finances de la colonie et dirige l'Hôtel-Dieu. Pourtant, quatre siècles après sa mort, l'histoire lui refuse toujours le titre de cofondatrice de la métropole.

3- Marie Morin (1649-1730)
Première écrivaine née en Nouvelle-France, elle rédige, en 1697, Les annales de l'Hôtel-Dieu de Montréal. Son récit constitue l'une des sources les plus précieuses sur la vie quotidienne au 17e siècle.

4- Agathe de Saint-Père (1657-1748)
Dans sa manufacture de tissus, la première au Canada, Madame de Repentigny fabrique des toiles pour remplacer le lin et la laine, raréfiés par la crise. Elle commercialise aussi le sirop d'érable.

5- Isabelle Couc-Montour (1667-1752)
Parlant l'algonquin, le huron et l'iroquois, cette fille d'un coureur des bois et d'une Algonquine se fait interprète dans l'Ouest américain. 

6- Louise de Ramezay (1705-1775)
À la mort du gouverneur de Montréal ,Claude de Ramezay, sa fille chausse ses bottes. Elle dirige la scierie familiale qui fournit du bois aux chantiers maritimes de Québec.

7- Marie-Marguerite Duplessis (1718 - ?)
La première esclave à s'adresser aux tribunaux pour réclamer sa liberté se heurte à un mur. Accusée de libertinage par son maître, elle est déportée aux Antilles.

8- Rosalie Cadron-Jetté (1794-1864)
Au 19e siècle, les mères célibataires sont ravalées au rang de putains et celles qui les aident se rendent complices du vice. Défiant la société puritaine, cette sage-femme fonde une maternité, connue sous le nom de La Miséricorde.

9- Suzannah Davis (1796 - ?)
En 1812, cette servante de 16 ans porte plainte pour viol. Au procès, le jury la juge « trop affectueuse » et acquitte son agresseur. Deux cents ans après, à peine 10 % des femmes violées osent l'imiter.

10- Émilie Tavernier-Gamelin (1800-1851)
Après avoir porté secours aux Patriotes arrêtés durant la rébellion, cette veuve fortunée ouvre à Montréal le premier refuge réservé aux femmes âgées et démunies.

11- Hortense Globensky (1804-1873)
Elle harangue la foule au nom du parti tory et repousse les 50 Patriotes venus saccager sa maison. Après la bataille de Saint-Eustache, nullement revancharde, elle obtient des autorités la libération de ses concitoyens patriotes emprisonnés.

12- Dorimène Desjardins (1858-1932)
La femme derrière les caisses pop, c'est elle. Pendant que son mari, Alphonse Desjardins, travaille comme traducteur à Ottawa, elle reçoit les dépôts dans sa cuisine .elle consent des prêts de la première caisse, fondée à Lévis en 1900.

13- Henriette Dessaules (1860-1954)
À Saint-Hyacinthe, les Mascoutains se battent en vain pour sauver la maison natale de la première femme journaliste du Québec, qui, dès 1910, signe des lettres dans Le Devoir sous le pseudonyme de Fadette.

14- Joséphine Marchand-Dandurand (1861-1925)
En 1893, elle fonde Le Coin du feu, premier magazine féminin, dans le but avoué d'éduquer les femmes.
«Comme monsieur son mari, qui a son club, sa pipe, ses gazettes, madame aura aussi, et ce ne sera que justice, son journal à elle», écrit-elle.

15- Carrie Derick (1862-1941)
Après un parcours semé d'embûches, elle devient, en 1912, la première femme à enseigner à l'Université McGill. Généticienne, elle voit ses travaux sur l'hérédité lui assurer une notoriété internationale.

16- Maude Abbott (1869-1940)
Refusée par l'Université McGill, elle obtient son diplôme de médecin à l'Université Bishop's, mais ne sera jamais autorisée à pratiquer. Et pourtant, ses recherches sur les maladies cardio-vasculaires congénitales l'ont rendue célèbre dans le monde.

17- Éva Circé-Côté (1871-1949)
Ses contemporains ignorent que le libre-penseur qui, dans les journaux, dénonce la corruption municipale, prêche la tolérance envers la prostitution et réclame l'équité salariale est une femme.

18- Émilie Fortin-Tremblay (1872-1949)
Partie vers le Klondike comme chercheuse d'or, cette native du Lac-Saint-Jean installe ses pénates au Yukon, où elle est à la fois commerçante, infirmière et sage-femme. À Whitehorse, la première école francophone du Grand Nord porte son nom.

19- Idola Saint-Jean (1880-1945)
En 1930, cette féministe ose présenter sa candidature aux élections fédérales. Battue, elle poursuivra néanmoins sa lutte jusqu'à ce que les Québécoises obtiennent le droit de vote, en 1940.

20- Pauline Donalda (1882-1970)
Cantatrice d'origine juive, elle chante à Paris, Londres et Moscou avec les grandes voix d'opéra de l'époque, dont Caruso. Rentrée au pays, elle fonde, en 1941, l'Opera Guild, qui met Montréal sur la scène du monde de l'opéra.

21- Ida Steinberg (1885-1942)
À 26 ans, cette mère chef de famille d'origine hongroise ouvre sur la « Main », à Montréal, la première épicerie Steinberg. Son fils Sam transformera l'entreprise en un empire de 115 supermarchés.

22- Angélina Berthiaume-Du Tremblay (1886-1976)
Phénomène rare, une femme dirige le quotidien La Presse durant les années 1950, avant de démissionner avec fracas pour fonder Le Nouveau Journal, avec le journaliste Jean-Louis Gagnon.

23- Juliette Béliveau (1889-1975)
Les anciens se souviendront d'une minuscule actrice qui pétait le feu dans les vaudevilles aux côtés d'Olivier Guimond. On sait moins qu'elle inspira à Gratien Gélinas son Ti-Coq.

24- Germaine Guèvremont (1893-1968) 
Le métier d'écrivain, elle l'apprend de son cousin Claude-Henri Grignon. Mais c'est le poète Alfred Desrochers qui lui sert de mentor au moment d'écrire Le Survenant. Reçu froidement lors de sa publication, ce roman connaît un succès monstre dans sa version télévisée.

25- Imelda Dallaire (1902-1989)
Une bâtisseuse, cette soeur augustine qui, en plus de diriger l'Hôtel-Dieu de Chicoutimi, a fondé l'Hôpital de Jonquière, puis celui de Dolbeau, avant d'aller en ouvrir un troisième à Tripoli, au Liban.

26- Léa Roback (1903-2000)
Ni l'intimidation des patrons ni les menaces du clergé n'arrêtent cette syndicaliste, qui obtient, en 1936, le premier contrat de travail des ouvrières du vêtement.

27- Emma Gendron (1904-1952)
Après avoir étudié le cinéma à New York dans les années 1920, elle signe les scénarios de deux des trois premiers films de fiction québécois, Madeleine de Verchères et La drogue fatale.

28- Jehane Benoît (1904-1987)
Bien avant les Pinard et les di Stasio, elle a initié les ménagères des années 1950 et 1960 à l'art culinaire. Son Encyclopédie de la cuisine canadienne fait autorité dans tous les foyers.

29- Jean Despréz (1906-1965)
Laurette Larocque-Auger écrit sous un nom masculin ses téléromans, mettant en scène des femmes en quête de liberté. Polémiste passionnée, cette « femme-dynamo » a ouvert la voie aux Janette Bertrand d'aujourd'hui.

30- Dorothea Palmer (1908-1992)
En 1936, cette infirmière de 28 ans est arrêtée à Ottawa pour avoir offert des condoms et une brochure sur les méthodes contraceptives à des mères de famille canadiennes-françaises. Elle sera acquittée, mais il faudra attendre 30 ans avant la légalisation de la contraception.

31- Réjane Laberge-Colas (1923-2009)
Première femme nommée juge à la Cour supérieure du Canada, cette pionnière préside aux destinées de la Fédération des femmes du Québec, qu'elle a fondée pour lutter contre la discrimination et les inégalités à l'égard des femmes.

32- Ludmilla Chiriaeff (1924-1996)
Fondatrice, en 1958, des Grands Ballets Canadiens, la ballerine d'origine allemande a formé plusieurs générations de danseurs, au grand dam de l'Église, qui jugeait le ballet... immoral.

33- Marie-Andrée Bertrand (1925-2011)
Ses travaux sur le traitement pénal discriminatoire des femmes dans le monde lui valent de figurer, en 1994, sur la liste des candidats au prix Nobel de la paix.

34- Jeannine Guillevin Wood (1929-2009)
Il faudra attendre jusqu'en 1997 pour qu'une femme soit nommée présidente du conseil d'administration d'une grande banque canadienne, la Laurentienne.

35- Micheline Beauchemin (1929-2009)
Célébrée pour ses tapisseries monumentales mariant les fibres naturelles et les fils métalliques, elle a longtemps été boudée par le milieu des beaux-arts, qui qualifiait de pauvre ses pièces d'artisanat.
... et de multiples autres femmes remarquables et dévouées mais discrètement et anonymement...
dont vous-même, peut-être... 

2016-06-21

AUX FUNÉRAILLES DE ROSE-MARIE


 CHOISIE POUR SERVIR  (Matthieu 25, 31-45)

Rose-Marie était une femme consacrée au service des autres et de l'Autre.  Maurice Zundel, mystique du siècle dernier que Rose-Marie aimait beaucoup, ne cessait de redire qu'au centre de sa toile, Dieu inscrivit cette prodigieuse équation: l'humain=Dieu.  Femme qui était de l'étoffe de Dieu, elle l'a revêtue toute sa vie, elle a signé de sa vie le legs testamentaire de Jésus au soir du Jeudi Saint: celui du service par en bas représenté par l'abaissement et le lavement des pieds et celui du service par en haut  en le servant dans son Eucharistie quotidienne. Elle est demeurée, même aux heures de grandes souffrances devant le vécu humain, devant les atrocités des comportements de destruction que nous observons, en tenue  de service, en tenue de foi.

L'évangile de Matthieu  photographie bien ce que fut sa vie. Rose-Marie ne refusait jamais rien, ne s'arrêtait jamais. On pouvait lui demander n'importe quand, n'importe quel service. Sa joie était grande de faire naître à la foi les enfants qu'elle accompagnait dans leur confirmation, leur communion, leur première confession. Elle prit aussi au sérieux ce qu'écrit l'apôtre Matthieu. « J'étais malade, et vous m'avez visité, pauvre, et vous m'avez vêtu. »    Sa manière de vivre était signée JÉSUS VENU POUR SERVIR.  Son service a mis au monde beaucoup de personnes. Rose-Marie vient de signer de sa vie ce que disait cet enfant. ‘’ Elle vient de donner, de nous donner ce qu’il lui restait à donner : sa vie. ‘’

Elle vient de faire don de sa vie au Dieu de sa foi. Elle  vient de passer de ce monde à son Père. Elle connait maintenant la grâce des grâces, le bonheur des bonheurs : une vie sans souffrance, une vie de plénitude. Telle est notre foi. Telle était sa foi. Comme Marie, elle s'est fait visitation. Sur la route, elle n'a jamais perdu son enthousiasme, sa fougue, son empressement à s'offrir, à prendre les devants.

Cette vie vécue en état de service, en état de course pour dépanner, toujours avec joie, s’est transformée ces dernières années en une vie offrande de sa souffrance,  de plus en plus pénétrante, insupportable aussi. Dieu voulait qu’elle termine sa vie dans son sacerdoce.

Rose-Marie vient d’entrer dans cet « espace neuf »- peu importe où, mais « neuf » - dans cette espèce de vie nouvelle, disent les Pères de l’Église, que sa foi lui assurait de rejoindre. Elle vient de changer d’adresse, de citoyenneté. Elle devient citoyenne du ciel,  membre de la famille de Dieu (Ep. 2, 20).

Que ce soit au moment où la maladie faisait son œuvre, elle offrait son aide aux plus démunis en rédigeant plus de 130 rapports d'impôt. Que ce soit par sa disponibilité à s'occuper du service d'accompagnement, que ce soit  sa fougue à montrer aux enfants la beauté de Dieu, que ce soit en offrant son temps au bazar, ou sa voix chantante pour élever les cœurs à la prière, elle n'était que service. Elle n'était que compassion. Elle préférait trébucher plutôt que de ne rien faire. Cette terre pour Rose-Marie n'était pas pour demain, ni après demain, ni pour dans dix ans, mais pour aujourd'hui.

Loin de moi de la canoniser. Elle avait des us et coutumes étonnants. Un matin alors que je visitais Léo, j’ai accepté un café. En lui demandant un peu de lait, j'entends cette réponse : Rose-Marie ne veut pas que j'ouvre son frigidaire.  Léo devra maintenant non seulement ouvrir le frigo, mais apprendre à se faire à manger. Elle avait des mains pour servir, un cœur pour aimer. Rencontrée à l'hôpital quelques semaines avant sa mort, elle me disait que cela la tenait en vie. Cette manière de vivre donne du poids de sens, du poids d'être à toute existence.  Nous devenons humains en servant. Elle n'était pas,  comme l'exprime le pape François, une chrétienne empesée, repliée sur elle-même, ratatinée.

Mais qu'est-ce que servir ? Pour elle, c'était plus que de faire quelque chose, que d'agir. Pour elle, servir était son être profond. C'était son ADN, sa marque de commerce. Elle nous lègue ceci: tout chrétien est comme un livre ouvert dans lequel les jeunes générations peuvent trouver de précieuses indications pour avancer dans la vie. Rose-Marie, ta communauté chrétienne te dit MERCI parce qu'elle a reconnu Jésus en toi.

 Rose-Marie, ton époux Léo que tu aimais,  tes enfants, Guylaine, Jocelyn, Dominique te disent  malgré leurs douleurs et leur conviction que ta mort n'est pas une vraie mort, que la vie n'est pas détruite, mais transformée : maintenant laisse-toi servir par Celui que tu as tellement servi. Pars en paix, entre dans la joie de ton maître et viens t'asseoir à la table de l'Eucharistie sans fin. Pour cette vie qui s'achève: MAGNIFICAT.  AMEN.

Gérald Chaput, Valleyfield
(Publié par Th.Dr.)

2016-06-09

OPINION D’UN CONCIERGE

Un article du Journal Métro du 7 mai 2016,  rapporte les paroles de M. le Maire Denis Coderre qui a comme projet de demander au Pape François de venir à Montréal, pour les Fêtes du 375e anniversaire de fondation de Montréal :  « Ça avance très bien, les démarches vont bon train. On continue à avoir de la correspondance », dit M. Coderre. Le Maire dit aussi avoir des échanges à ce sujet avec les Évêques du Canada, avec plusieurs cardinaux, en plus d’avoir l’appui des gouvernements du Québec et du Canada. Il a  récemment transmis d’autres documents à l’appui de sa demande au Vatican.

Un concierge,  rencontré devant le monument d’Émilie Gamelin, rue Ste-Catherine, Montréal, est d’avis que le Pape François ne viendra pas à Montréal, parce que M. le Maire Coderre ne veut pas ‘montrer’ les pauvres de Montréal, alors que le Pape marche avec eux sur la rue, à Rome.

En effet, le pape François passe à l'acte et montre l'exemple. Ainsi, à en croire le Daily Mail, le souverain pontife se serait déjà échappé des ors du Vatican, la nuit, afin d'aller prêter assistance aux sans-abris de Rome. C'est en tout cas ce qu'a révélé, lors d'une conférence de presse,  Monseigneur Konrad Krajewski, l'aumônier apostolique chargé des bonnes œuvres du Pape François.

Après la visite guidée de la chapelle Sixtine, fin mars, voici que maintenant les sans-abri, les migrants et les pauvres ont assisté, au premier rang, au  concert de bienfaisance du Pape, le 14 mai dernier, dans la prestigieuse salle Paul VI ! Les hôtes illustres, qui ont occupé les places d’honneur aux premiers rangs, normalement réservées aux personnalités, ont donc été… les pauvres de Rome, a annoncé Mgr Ravelli.

 (Notes cueillies dans Newsletters, Vatican)


2016-05-24

L’HISTOIRE DE TRACY

Née à Montréal d’une mère colombienne et d’un père québécois, Tracy  commence un bac en psychologie, même si elle sait que le parcours est long avant de pouvoir exercer le métier de psychologue. Après deux ans de cours, elle fait un voyage de coopération internationale au Pérou qui la transforme.

A son retour, elle se réoriente et tente de trouver sa voie dans divers  domaines, de bouger et de faire des tâches pratiques, plutôt qu'apprendre des  notions théoriques.  Voyageuse dans l‘âme, Tracy n'était pas bien dans ce petit bureau sans fenêtre.  Aujourd’hui, elle a trouvé l’équilibre qui lui permet d’allier son bagage en intervention sociale et le travail physique. « j’étais en train de devenir folle ! Maintenant je suis dehors à jardiner avec des enfants, des personnes âgées, des adultes.

Elle a diminué son salaire, ses heures de travail et son stress : « Je  faisais des 40 heures semaine à 22 $ l'heure, avec le désir de toujours en faire plus. Maintenant, je fais 28 heures à 16$ puis je suis plus heureuse que lorsque j'avais plus d'argent. »

L’intelligence du cœur

Tracy a usé de l’intelligence du cœur et se dit plus heureuse et plus libre de vivre à petite échelle ; elle a fait un choix libre et assumé. Ne sentant plus le stress financier, elle mise sur ses réseaux de relations humaines et un mode de vie sans dettes.  Elle choisit ce qui lui convient le mieux en renonçant aux joies éphémères à crédit afin de garder sa liberté.

Lu dans la revue L’ITINÉRAIRE (publié avec autorisation par Thérèse Dr.

2016-02-28

DU RESSORT POUR CONTINUER

La vie n’est pas toujours faite de petits riens, il y a aussi des misères, petites ou grandes.  La vie peut s’acharner et les vents peuvent se faire violents, nous avons à montrer à la vie qui est le plus fort, même si parfois le courage diminue.  Cette mise à l’épreuve nous donne du fil à retordre, mais au bout du compte, elle nous donne du ressort pour poursuivre notre parcours de vie.

Il existe des individus qui ont pour motif de vouloir toucher à tout prix le ciel et se rapprocher des étoiles pour les décrocher une à une comme des victoires sur la vie. Parfois le simple fait d’être en vie est déjà la plus grande victoire .

On entend souvent dire par les plus inspirants de ce monde qu’il faut rêver grand, espérer le meilleur, viser l’excellence, ne jamais se contenter de peu et ne jamais abandonner.  Facile à dire mais difficile à faire quand le ventre crie sa faim, que le cœur vaillant n’a plus l’essentiel pour battre aussi fort qu’avant et que la dignité ne peut plus exercer son plein contrôle.

Faire quelque chose de grand pour les autres ou poser un tout petit geste, donner, surtout se relever.  La résilience fait office de bouclier devant l’adversité qui se dresse comme un mur.

Extraits de l’Itinéraire : Josélito Michaud
(Publié avec autorisation)

Émilie Gamelin était doué de cette force, de cette résilience pour se relever avec grand courage, et de continuer dans l'humilité et dans l'espérance.
Th. Dr.


2015-12-29

TÉMOIGNAGES DE CAMELOTS :

Les témoignages suivants répondent aux questions, préjugés, perceptions que nous entretenons parfois par rapport à l’itinérance; ils sont un éclairage très fort, appuyé sur l’expérience du vécu par certains camelots.

GABRIEL :
Quand on a créé le magazine l’Itinéraire, en 1994, la moitié d’entre nous étions des itinérants.  Avec le temps, on a réussi à se structurer et à trouver une situation plus stable.  Peu de camelots vivent encore dans la rue aujourd’hui, mais tous sont sous le seuil de la pauvreté.

CHRISTINE :
La vente d’un journal de rue constitue un vrai travail. Au jour 1 de notre arrivée à l’Itinéraire, nous, les camelots travaillons déjà dans l’entreprise et avons le loisir de nous impliquer aussi longtemps que nous le voulons. Nous sommes des ‘entrepreneurs sociaux’ qui investissent leur propre argent pour faire partie d’une entreprise à échelle humaine.

GUY :
Le  travail de camelot nous responsabilise et nous apprend à gérer notre budget.  A mes débuts comme camelot, je continuais à me geler, mais l’Itinéraire m’a aidé à m’accrocher et à ne pas tomber dans la criminalité.  Et aujourd’hui, je ne consomme plus.  L’argent que je gagne m’aide à améliorer ma qualité de vie.

JEAN-FRANÇOIS :
Chacun peut se retrouver dans une situation d’itinérance. Des événements malheureux : divorces, isolement, problèmes de santé mentale, maladies, problèmes de consommation et de dépendance, tous des facteurs qui font tomber plus bas. La vente du magazine aide la personne  à se stabiliser financièrement et socialement afin qu’elle puisse retrouver son autonomie.

Publié par T.Dr. avec autorisation
Extraits du magazine l’Itinéraire

2015-12-17

LE NOEL D’ÉVELYNE

Évelyne, 8 ans, était orpheline et les personnes qui s’en occupaient étaient devenues très pauvres. Mais Évelyne restait joyeuse et elle avait beaucoup d’imagination. A quelques jours de Noël, un incendie détruisit la maison de son père adoptif, il n’avait pas d’assurance et toute la famille se retrouva à la rue.

Le père adoptif d’Évelyne lui dit que le Père Noël n’existait pas et que, cette année, elle n’aurait pas de cadeaux.  Et si c’était moi le Père Noël, se dit la fillette, je pourrais vendre du chocolat et acheter des polichinelles ou des soldats de bois pour les distribuer aux enfants de l’orphelinat.

Son père adoptif était d’accord avec le projet d’Évelyne; alors elle alla donc à la confiserie Chez Armand pour qu’on lui avance le chocolat. Elle vendrait ses produits dans la rue et les passants l’encourageraient en la voyant avec la tuque du Père Noël !

Elle était courageuse, Évelyne, et avec son enthousiasme, elle avait le don de séduire la foule.  Autant qu’elle se fit un petit surplus!  Elle put acheter les cadeaux, qu’elle emballa dans du papier froissé et du ruban pour les offrir à ses compagnes de l’orphelinat.  Elle dit au Directeur de l’école qu’elle voudrait remplacer le Père Noël et distribuer aux autres enfants les joujoux qu’elle avait achetés et emballés elle-même. Le Directeur fut touché et il répondit :

Fillette, avec cet air là et venant d’une petite fille
qui ne manque pas d’audace et de courage,
je ne peux refuser ta demande.
Je me ferai un plaisir
d’inscrire sur ma liste les noms de tous les enfants,
sans en oublier un seul.

Le Noël de l’orphelinat fut un jour magique grâce à Évelyne et à son don du partage.  La petite fille se rendit compte que donner était pour elle la chose la plus merveilleuse et elle pensait déjà à la surprise qu’elle allait  préparer l’année suivante.
Joyeux Noël à vous toutes !
Publié par Th.Drainville
Avec autorisation de l'Itinéraire

2015-11-20

UN FONDS POUR LES ÉCOLES

Julie, 16 ans, meurt d’un arrêt cardio-respiratoire, alors qu’elle suit un cours d’éducation physique, à la Polyvalente qu’elle fréquente. Il n’y avait aucun appareil dans l’école pour la sauver.

Marie-Hélène, une amie de Julie, décide d’agir. Avec d’autres amies, elle établit une Fondation pour munir les écoles d’éducation physique d’un DEA (défibrillateur externe automatisé). Sauver une vie, ne serait-ce qu’une vie ce serait déjà bien.

Les amies nomment la Fondation du nom de Julie. Grâce à plusieurs activités qui riment avec ‘berce-o-thon’, elles réussissent à recueillir la somme de 15 000 $.  À court terme, les jeunes filles souhaitent équiper trois écoles. À long terme, elles voudraient que toutes les écoles soient munies d’un DEA et qu’une formation simple soit donnée  aux étudiants, pour bien manipuler ce genre d’instrument.

Selon la Fondation des maladies du cœur, l’utilisation d’un DEA, en association avec la réanimation cardiorespiratoire, augmenterait de 75% ou plus les chances de survie à un arrêt cardiaque.

Marie-Hélène et ses amies ont compris que ‘’ça devrait être une priorité d’en avoir dans les écoles, où il y a tellement de gens,  les DEA ont fait leurs preuves’’.

Bravo pour cette bonne idée de sauver des vies dans les écoles!

(Journal Métro, novembre 2015, extraits)

2015-11-07

INVISIBLES AU MILIEU DE LA FOULE



MICHÈLE OUIMET    LA PRESSE

Mercredi, il faisait beau, le temps était doux. Un été des Indiens tardif. Plantée au coin de Sainte-Catherine et McGill College, j’essayais de vendre la revue L’Itinéraire. De l’autre côté de la rue, Marie-Andrée, une vraie camelot, faisait la même chose.

« Bonjour, voulez-vous acheter L’Itinéraire ? »

J’ai répété cette phrase un million de fois entre 11h 45 et 13 h. Les gens étaient polis. Parfois, ils me disaient non merci. J’ai même eu droit à quelques sourires. Mais la plupart m’ignoraient et passaient leur chemin comme si j’étais invisible. Un seul a été grossier, un homme tiré à quatre épingles, veston, cravate, cheveux grisonnants. « Je ne suis pas un itinérant ! »
Le ton était bête, hargneux. Je m’attendais à de l’indifférence, mais pas à de la muflerie. J’ai failli lui répondre : « Un petit crachat avec ça, peut-être ? »

De l’autre côté de la rue, Marie-Andrée gardait le moral. Elle est habituée, elle vend L’Itinéraire depuis deux ans. Menue, vêtue de noir, elle tenait une pile de revues. Pas de pitch de vente, juste un sourire. En 1 heure 15, elle a vendu quatre exemplaires, pour un total de 12 $. Elle a gardé la moitié des gains, soit 6 $.

« Si au bout d’une heure, je n’ai rien vendu, ça commence à m’affecter, m’a-t-elle dit. Les gens pensent que je suis une itinérante parce que je vends la revue. Ils me demandent : “Pourquoi tu te trouves pas une job ?” C’est insultant. Je me cherche pas une job parce que j’en ai une ! Je vends la revue et j’écris dedans. Les gens ne me comprennent pas. Des fois, je me sens comme une extraterrestre. »

Nous n’étions pas les seules à vendre la revue, ce midi-là.L’Itinéraire avait organisé une journée « Camelot d’un jour ». Une quinzaine de personnalités étaient jumelées à un camelot : l’écrivaine Monique Proulx, la chanteuse Martine St-Clair, l’animateur et humoriste Dany Turcotte, la journaliste Johane Despins… Des gens qui croient à L’Itinéraire et qui sont prêts à donner de leur temps pour soutenir la cause.

Car L’Itinéraire n’est pas qu’un magazine, c’est aussi une cause. Il permet à des sans-abri et à des gens fragiles de sortir la tête de l’eau en vendant la revue. Certains écrivent, comme Marie-Andrée. Je vous ai déjà raconté son histoire.

Elle souffre d’anxiété chronique. Elle a frôlé le gouffre : dépression profonde, cassure, « le genre qui ne se répare jamais », m’avait-elle expliqué. Elle a découvert L’Itinéraire et sa faune par hasard. C’est sa famille depuis deux ans. Elle a 32 ans.En juin, elle a suivi un stage à La Presse avec trois autres camelots, stage que j’ai dirigé avec ma collègue Katia Gagnon. 

Marie-Andrée m’a demandé de l’accompagner mercredi. La pauvre, je n’ai vendu que 12 exemplaires, alors que Johane Despins en a vendu 80 et Dany Turcotte 70.Avant de nous lancer dans la rue avec notre pile de revues, nous nous étions réunis au local de L’Itinéraire situé au coin de Sainte-Catherine et de De Lorimier. L’animateur Marc-André Coallier, porte-parole de l’événement, nous avait avertis : « On va vivre l’expérience de vendre la revue à du monde qui veulent rien savoir et qui nous regardent même pas. »
Tout le monde a ri. N’empêche, il avait drôlement raison. C’est troublant de se sentir invisible au milieu d’une foule.
***
L’Itinéraire a été créé en 1994. La revue a traversé des crises. L’année dernière, une nouvelle équipe a entrepris un virage audacieux : placer le camelot au cœur du magazine. Le 1er octobre 2014, les camelots signaient 13 % des articles. Aujourd’hui, ils en écrivent la moitié.

C’est une tâche colossale de diriger des camelots-journalistes qui vivent souvent des moments difficiles : toxicomanie, problèmes de santé mentale, instabilité…

Un nouveau défi va bientôt s’ajouter à tous les autres : l’arrivée d’un concurrent.
Le 1er décembre, un autre journal de rue fera son apparition à Montréal, un tabloïd de 24 pages dirigé par un ancien de L’Itinéraire, Réal Noël.

Le nom du dernier-né : La Presse alternative. Le premier numéro sera tiré à 4000 exemplaires et comprendra des entrevues avec le comédien Pierre Curzi, le chanteur Mononc’ Serge, le député Amir Khadir et l’acteur Mario Saint-Amand. Le journal sera publié une fois par mois. L’Itinéraire, lui, est bimensuel. Prix de vente : 3 $. Comme L’Itinéraire. La moitié des articles seront écrits par des camelots. Réal Noël a pigé dans la talle de L’Itinéraire en recrutant certaines de ses plumes. Le reste des articles seront signés par des journalistes étudiants et des experts. Le journal tournera autour la « quête de sens », a précisé Réal Noël.

Quête ou non, l’arrivée d’un concurrent risque de déstabiliser L’Itinéraire.
« Réal va peut-être se rendre compte que ce n’est pas évident de mener une entreprise comme ça, a dit la rédactrice en chef Josée Panet-Raymond. L’Itinéraire a failli couler l’année dernière. On travaille fort. Mais la concurrence, c’est pas mauvais. » Deux acteurs, un marché étroit. La lutte s’annonce féroce.

L’ITINÉRAIRE
Existe depuis 1994
Tirage : 15 000 exemplaires
Parution : Deux fois par mois
Nombre de camelots : 150
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